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La tradition romanesque du road trip se décline cet automne sous deux formes singulières : chez Eduardo Fernando Varela, une femme en est l’enjeu ; chez Grady Hendrix, c’en est une autre qui part à la reconquête de sa dignité perdue. Camionneur solitaire, Parker ache mine des cargaisons louches dans l'immensité lunaire et venteuse de « cet étrange animal allongé sur la terre » qu'est la Patagonie. Les cartes routières s’envolent ou se déchirent ; boussole, sextant, odeurs ou carcasses au bord des routes font des repères plus sûrs. Alors qu’il s’emploie d’ordinaire à éviter ses semblables, son coup de foudre pour une foraine itinérante entraîne Parker jusqu’aux confins de la steppe australe, peu importe ce qu’en penseront le patron ou le mari jaloux... Il fuit Buenos Aires, mais Maytén en rêve. Chacun saura-t-il incarner Tailleurs auquel l’autre aspire ? Tout au long du périple, les descriptions oniriques de Patagonie route 203 suggèrent le bercement du camion sur des routes qui n’en finissent pas, instaurant une temporalité insaisissable. Les dialogues, eux, se teintent d’absurde et d’un comique de répétition, que Parker s’adresse à des villageois gogue nards ou aux êtres en errance qu’il croise et recroise sans cesse, routiers, gitans, saisonniers, voire un ami journaliste obsédé par les sous-marins nazis. On ne quitte qu’à regret cet envoûtant premier roman au rythme languide.
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