Avec « Patagonie route 203 », Eduardo Fernando Varela a conçu un roman itinérant dans de vastes paysages battus par le vent.
PIERRE MAURY Maytén veut se rendre à Confluencia, au kilomètre 560 de la route 203. Malgré les inondations qui ont en vahi la région et coupent la circulation, elle tient à retrouver Parker, avec qui elle a quitté auparavant la foire où elle travaillait et son mari qui dirigeait cette entreprise en déclin. La Patagonie est vaste, des camions la traversent sans cesse, avec des chargements plus ou moins légaux, plutôt moins que plus, et leurs chauffeurs se retrouvent dans des endroits improbables, dans le genre des rendez-vous flous que fixe à Parker, de loin en loin, un journaliste obsédé par des sujets qui n’intéressent que lui. Le décor du premier roman d’Eduardo Fernando Varela, Patagonie route 203, est sinistre et venteux. Les pay sages ne s’y renouvellent guère, ils dé filent comme un fond d’écran monotone - mais hypnotique. Les petites villes ou les villages traversés ne sont jamais Une fuite vers nulle part exactement ce que Parker attendait qu’ils soient, même leurs noms sont va riables. Et puis, parfois, il y a la foire, avec cette femme qui tient la caisse, si belle, si peu à sa place. Assez pour dé tourner le conducteur du but que son patron, bougon et mauvais payeur, lui a fixé. Il ne savait pas ce qu’il poursuivait, il a trouvé : elle s’appelle donc Maytén. Un roman très visuel, bien que sans effets spéciaux Parker trimballe sa maison partout avec lui. Pas seulement parce qu’il n’a d’autre lieu que son camion pour vivre : quand il se pose quelque part, il décharge un lit, un buffet, de quoi faire la cuisine et lui donner l’impression que cette pièce en plein air est chez lui. Il ne conçoit d’ailleurs pas la vie autrement qu’en nomade et l’idée de la grande ville, bien qu’elle séduise Maytén, lui répugne. Ce ne sont pas les meilleures bases pour construire un couple et ni elle ni lui ne se font beaucoup d’illusions sur leur avenir. Patagonie route 203 EDUARDO FERNANDO VARELA Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry Métailié 357 p„ 22,50 € ebook, 14,99 € D’autant qu’un mari cocu est à leur poursuite après avoir abandonné à ses assistants ce qui restait, et il ne restait pas grand-chose, des attractions dont il était propriétaire. Patagonie route 203 est un roman très visuel, bien que sans effets spé ciaux. Les choses sont là où elles doivent être, à moins quelles soient arrivées là par hasard, et elles sont très présentes. A la lecture, les lieux prennent vie, même quand il ne s’y trouve guère d’êtres vivants. Tout ici est paradoxe, vé cu comme l’état naturel dans lequel un homme comme Parker se sent bien. De toute manière, il n’arrive plus vraiment à jouer du saxophone qui l’accompagne. Restent les sons des radios qu’il capte sans s’y attarder, une station succédant très vite à une autre puisque, là non plus, il ne se satisfait pas de la perma nence. Un homme et une femme en fuite, comme l’horizon, et on les accompagne rait bien volontiers de l’autre côté de ce dernier
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